Shine : hybridation du travail et confiance

Mis à jour : 27 nov 2019

Shine est une start-up parisienne qui se présente comme le copilote des indépendants en apportant un soutien administratif et un compte bancaire professionnel aux freelances.


En avril 2019 ils ont fait sensation en incitant leurs employés à travailler en tant que freelances pour d’autres entreprises une journée par mois. Une grande première en France et surtout une démarche singulière qui va à rebours du salariat tel qu’on le connaît depuis des décennies.


Pourtant les motivations qui sous-tendent cette décision sont tout à fait légitimes et représentent un management dans l’ère du temps, fondé sur la confiance.





La confiance, fondement de la relation entre manager et managé


Loin du présentéisme encore trop présent dans le paysage du management en entreprise, Shine est déjà adepte des nouvelles formes de travail : le télétravail est encouragé, les bureaux se trouvent dans un espace de coworking et une dizaine de freelances travaillent pour la start-up.


Un pas de plus a été franchi dans la confiance que Shine place envers ses employés en les autorisant à travailler en freelance une journée par mois. Concrètement cela ne va pas changer le quotidien des salariés, pour certains il s’agit d’officialiser les activités de freelances qu’ils avaient déjà à côté de leur emploi dans la start-up en leur laissant plus de temps. Pour d’autres c’est un nouveau départ, ceux qui n’y avaient jamais songé peuvent se lancer dans une nouvelle aventure. La semaine suivant l’annonce, nous avons rencontré certains Shineurs qui ont décidé de se regrouper pour créer leur statut ensemble et s’inscrire sur une plateforme de freelance.


L’impact peut même rester psychologique pour certains pour qui rien ne va changer mais bénéficient de la liberté de pouvoir un jour tester cette activité parallèle de freelance.


Plusieurs objectifs à cette démarche :


  • Le premier objectif est la rétention de talent, autoriser ses employés à travailler en freelance pour d’autres entreprises c’est avoir compris l’évolution du travail qui prend une forme de plus en plus hybride. Les carrières lisses de plusieurs années au sein de la même organisation ne sont plus d’actualité et aujourd’hui il n’est pas rare de cumuler plusieurs activités. Fort de ce constat, Shine a pris le parti d’anticiper les envies de renouveau, de découverte de nouveaux horizons qui peuvent se faire ressentir au bout de quelques mois ou années dans une entreprise. Les salariés sont alors encouragés à réinventer leur métier sous une nouvelle forme, à découvrir d’autres cultures d’entreprises ; un challenge qui leur permet d’assouvir leur soif de curiosité.


  • Le second objectif est celui de la formation des salariés de la start-up. A chaque mission en freelance, les indépendants ne maîtrisent jamais 100% des attentes de l’entreprise, ils doivent alors faire des recherches, se former sur certains points. Le freelancing est un excellent moyen de former ses salariés car sous contrat et avec une rémunération à la clé, chacun aura tout intérêt à monter en compétences.


  • Enfin, Nicolas, co-fondateur de Shine, espère également des retombées positives sur la start-up grâce à la pollinisation des bonnes pratiques qu’il résume avec cette phrase : « Une bonne idée vaut bien plus qu’une journée par mois ». Grâce à ses missions en freelance, l’employé va découvrir d’autres cultures d’entreprises, d’autres formes de management et peut-être certaines bonnes pratiques qui pourront ensuite être implémentées chez Shine.


Alors que l’on parle de plus en plus de la fin de la loyauté en entreprise, cette initiative de Shine apparaît comme la forme la plus poussée d’un management fondé sur la confiance qui veut restaurer la relation perdue entre entreprise et salarié. Inciter leurs employés à aller découvrir d’autres organisations montre également la confiance que les fondateurs ont dans leur façon de fonctionner.


Le cumul d’une activité de freelance et de salarié est assez répandu aux Etats-Unis, la start-up Gigster que nous avions visité à San Francisco connecte les meilleurs freelances tech aux grandes entreprises. Deux tiers des talents du réseau Gigster ont un emploi salarié à côté, pour la plupart chez les géants de la tech comme Google, Facebook, Microsoft.


Force est de constater que l’hybridation du travail n’est plus seulement réservé aux travailleurs de la gig economy en quête de revenus complémentaires mais s’étend maintenant à la talent economy.


Lire ma tribune sur la différenciation entre la gig economy et la talent economy.


Samuel Durand

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