Réinventer l’accès à l’emprunt pour les freelances

Un accès à l'emprunt historiquement difficile


Depuis les débuts du fordisme, le salariat s’est imposé comme la norme dans nos sociétés. Nos institutions tendent à réduire le travail à l’emploi. L’ensemble de notre système de protection sociale est construit sur la base du salariat. Pour percevoir des allocations chômage par exemple, il faut entrer dans la catégorie des travailleurs qui n’ont pas d’emploi de façon involontaire et sont en recherche active. Cela exclut l’ensemble des indépendants qui alternent les périodes d’activité et de non-activité car la définition même du chômage est construite pour une société salariale.


Même problème lorsqu’il s’agit de louer ou d’acheter un appartement, le propriétaire demande les fiches de paie sur les trois dernières années. Pour accéder à un emprunt le banquier en fait de même. Seul l’emploi est garant de la solvabilité des travailleurs dans nos sociétés salariales. Avec le développement du salariat s’est développé l’emprunt qui a permis d’alimenter l’économie de masse, caractéristique du XXe siècle. Les banques ont prêté massivement de l’argent aux ménages en formulant des hypothèses de solvabilité relativement justes puisque l’emploi était stable. A l’époque où l’on faisait carrière dans la même entreprise tout au long de sa vie professionnelle, les banques n’avaient pas à s’inquiéter du remboursement des créances, il était assuré par la stabilité des revenus du travailleur.


La société toute entière s’est alors construite autour du salariat et autour des années 2000, celui-ci a atteint son point culminant avec environ 90% de la population française rentrant dans ce cadre. Aujourd’hui il est bien moins attirant, marqué par la mondialisation, la financiarisation et le déclin des syndicats, le salariat ne parvient plus à offrir la même sécurité et les mêmes avantages qu’auparavant.


C’est une des raisons qui pousse de plus en plus de travailleurs à s’extraire du salariat pour tendre vers de nouvelles formes de travail. L’une d’entre elles a particulièrement le vent en poupe, il s’agit du freelancing. Ils sont 950.000 en France ce qui représente une croissance de plus de 120% de cette population sur les 10 dernières années.


Pourtant si les aspirations des individus évoluent, le cadre sociétal reste, lui, inchangé. Emprunter de l’argent pour un freelance est un véritable casse-tête du fait de ses revenus variables. Le calcul de solvabilité effectué par les banques traditionnelles ne prend pas en compte la situation des freelances. Leurs revenus, parfois en dent de scie, n’ont pourtant rien d’inquiétant dans la plupart des cas. Rien d’anormal pour un freelance de ne pas avoir de rentrée d’argent durant un mois et de tripler son chiffre d’affaire mensuel moyen le mois suivant. La fluctuation des revenus est inhérente à la situation des freelances et il convient d’inventer de nouvelles façons de mesurer la solvabilité de chacun afin de leur proposer un accès à l’emprunt adéquat.


Des solutions émergent


J’ai récemment fait la rencontre d’Ali, cofondateur de Mansa, une start-up qui a pour objectif de rendre l’emprunt accessible aux freelances. A l’inverse des banques traditionnelles, Mansa comprend le fonctionnement particulier des freelances. La start-up crée un score de solvabilité du freelance à partir de ses revenus variables et lui permet d’emprunter jusqu’à 10.000€.


Credits to Ulysse Guttmann-Faure

Pourquoi c’est formidable ?


D’abord c’est très simple et il n’y a pas à se justifier, à négocier pendant des heures avec un banquier traditionnel qui imagine que l’indépendant est subi son statut. Ensuite, cela permet au freelance de lisser ses revenus lors des périodes de creux. Lorsque l’activité ralentit mais que les dépenses sont maintenues, il peut être bon de compenser la perte momentanée de revenus avec un léger emprunt. Mieux encore, Mansa a compris le brouillement de la frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle pour les freelances, les prêts peuvent répondre à tous types d’usages : achat d’une voiture, d’un nouveau matériel, besoin de trésorerie …


Outre le produit proposé par Mansa qui, comme de plus en plus d’entreprises, vient simplifier le quotidien des freelances, j’ai trouvé leur approche corporate fort intéressante. Pour diffuser son produit, Mansa a décidé de nouer des partenariats avec les entreprises, dans une démarche responsabilisante.


En effet, au sein des entreprises les freelances n’ont pas accès à tous les avantages offerts aux salariés au travers du Comité d’Entreprise. Afin d’améliorer l’expérience des freelances, les entreprises peuvent désormais leur faciliter l’accès à l’emprunt via Mansa. Pour une organisation, se doter de Mansa témoigne de la reconnaissance de ces travailleurs indépendants qui représentent une main d’œuvre grandissante parmi les effectifs. Il y a là également un enjeu d’attractivité pour les entreprises qui pourront montrer qu’elles comprennent les besoins des freelances et s’intéressent aux solutions qui leur sont offertes.


Mansa n’en est qu’à son lancement mais la start-up a un potentiel de développement énorme, elle ouvre la voie à une redéfinition de l’accès à l’emprunt en prenant en compte la réalité du quotidien des freelances.


La start-up s'inscrit dans un écosystème qui se structure petit à petit avec un nombre impressionnant d'acteurs qui ambitionnent de simplifier le quotidien des freelances.


Découvrez Mansa !

874 vues
logo-LinkedIn.png
Twitter_Bird.svg.png