Freelances : comment préparent-ils la reprise ?

La semaine dernière, nous avons sondé les freelances autour de nous pour comprendre comment la crise actuelle impactait leurs activités. Certains d’entre-eux ont réussi à moduler leurs offres pour continuer à facturer pendant le confinement.


Malheureusement, tous les freelances n’ont pas une activité qui s’y prête et certains se retrouvent sans perspective de nouveaux contrats pour les prochaines semaines. Une fois les missions en cours terminées, il restera encore beaucoup de “temps libre” forcé avant la reprise.


Si les freelances, comme le reste de la population, sont bel et bien touchés, ils ne seront peut-être pas les plus impactés par cette crise. La nature de leurs activités nécessitant souvent peu d'outils mais reposant sur leur matière grise, les charges fixes étant faibles, il y a fort à parier que la crise n'entraînera pas leur faillite. Une fois ces deux ou trois mois difficiles passés et s’agissant d’un choc exogène, nous pouvons espérer que la reprise sera aussi vive que le choc.


En attendant le retour des beaux jours et des missions, que font les freelances ?



(Re)trouver son fil rouge


En temps normal, les missions s’enchaînent et que nous le voulions ou non, si nous ne prenons pas le temps de nous poser régulièrement pour faire le point sur la direction que prend notre activité, nous finissons par avoir la tête dans le guidon. Au fil des semaines et des mois, nous risquons de prendre l’habitude d’accepter les missions qui arrivent sans nous poser de question et d’entrer dans une routine.

En l’absence de projets, cette période est propice pour se remémorer pourquoi nous avons choisi de devenir freelance, pour se demander ce qui est vraiment important pour soi et ce que nous recherchons à travers notre activité.


Nous sommes en grande majorité devenus freelances pour la possibilité que nous offre ce statut de créer une activité qui nous ressemble, il est temps de vérifier que nous ne nous sommes pas trop écartés de la vision de départ.

Les envies de libertés sont citées comme la première raison qui pousse les freelances à se lancer. Pourtant sans se donner de limite pour protéger sa vie personnelle, les heures de travail s’accumulent et personne n’est là pour nous arrêter.

Thomas Burbidge résume bien ce sentiment là en une phrase. “Au début, je travaillais 80 heures pour éviter d’en faire 35.”

Quand il s’est lancé en freelance, il avait une vision, une ligne directrice mais au bout de 6 mois il s’en était complètement écarté et son quotidien était bien éloigné de ce qu’il s’imaginait en démarrant. Aujourd’hui il a repris le contrôle de son activité et aide les indépendants qui débutent à en faire autant avec son programme Surf en Freelance.


Travailler moins n’est qu’une des corrections que l’on peut apporter à son activité de freelance, c’est une réflexion personnelle et les remèdes seront différents d’une personne à une autre. L’essentiel dans cette démarche est de retrouver un fil rouge que vous avez envie de suivre et un plan d’action pour le rendre concret : se fixer des horaires de travail, se rendre deux jours par semaine en espaces de coworking, travailler en équipe sur des projets, sélectionner une catégorie particulière de clients, se former plus régulièrement à de nouvelles compétences …


La formation


Les freelances autour de nous nous ont aussi confié prendre le temps pour (enfin) se former. Que ce soit pour se spécialiser au sein de son expertise, se mettre à jour sur les nouvelles technologies et techniques de son métier ou bien pour s’intéresser à un tout nouveau sujet, ce temps de confinement est propice à la formation !


Rattraper son retard sur la pile de livres qui s’accumulent sur sa table de chevet, se replonger dans le contenu des dernières formations suivies ou fouiller dans l’infinité de cours disponibles en ligne : autant de façons de se former pour préparer la reprise.

Que ce soit à destination des entreprises, des enfants ou des indépendants, la plupart des organismes de formation en ligne ont vu leur base d’utilisateurs fortement progresser ces derniers jours et certains en ont profité pour les rendre gratuits. OpenClassrooms et Coursera proposent gracieusement leurs formations aux écoles afin de mettre en place une continuité pédagogique pendant l’épidémie.


D’autres freelances profitent de la période pour prendre contact avec leurs pairs et progresser dans une logique de mentorat. En effet, l’activité ralentissant pour la plupart d’entre nous, et étant isolés, nous sommes plus disponibles et ouverts à de nouvelles sollicitations. C’est le moment d’identifier quelques freelances plus expérimentés que soi et de leur proposer un appel pour découvrir la façon dont ils gèrent leur activité et les conseils qu’ils peuvent vous partager.



Mettre à jour ses outils


Cette catégorie nous concerne tous, nous avons tous des tas de petites tâches qui trainent et que nous repoussons car elles ne sont pas essentielles. C’est le moment de faire le tri et de se mettre à jour pour redémarrer sur de bonnes bases dans quelques semaines.


Au programme :

  • Mise à jour ou création de son site, de ses réseaux sociaux, et de son portfolio, l’objectif étant d’avoir la meilleure vitrine possible (et à jour) pour faire de l’oeil à vos prospects dont l’activité reprendra en même temps que la vôtre.

  • Tri dans les souscriptions : vous avez souscrit à différentes newsletters et outils que vous utilisez plus ou moins ? Éliminez le superflu en supprimant ceux qui ne vous sont plus vraiment utiles. Ce tri vaut aussi pour la gestion de votre banque ou de votre mutuelle où l’inertie face au changement est immense le reste de l’année. Faîtes-vous du bien et allez jeter un oeil du côté de Shine et Wemind si ce n’est déjà fait.


Anticiper la reprise


Dans une récente interview, Nicolas Colin expliquait que les crises créent des opportunités pour redistribuer les cartes.

Lorsque le temps de la reprise sera venu, l’activité ne sera pas forcément la même qu’avant l’épidémie. Il y a de bonnes chances pour que les offres que vous proposiez habituellement ne soient plus totalement en phase avec les besoins des clients.


Vous pouvez d’ores et déjà prendre de l’avance en échangeant avec vos clients habituels et passés pour comprendre la façon dont ils sont affectés par la crise et comment ils comptent reprendre une fois qu’elle sera terminée. Cela vous permettra peut-être d’adapter vos offres pour arriver dès le premier jour avec une proposition pertinente dans ce nouveau contexte.


Au détour d’une réorganisation de l’entreprise, vos interlocuteurs vont peut-être changer, les équipes avec lesquelles vous aviez l’habitude de collaborer peuvent être totalement remaniées de sorte que votre rôle évolue. Les budgets habituellement alloués aux projets seront peut-être modifiés en fonction des prévisions ; autant d’éléments qui peuvent être anticipés.


Chez Sthree, certains freelances en profitent pour maintenir un lien avec les clients et prospects simplement en donnant des nouvelles, en restant présent et en développant une relation moins transactionnelle que d’habitude.

Jouer collectif


Préparer la reprise ne se fait pas forcément seul. Le moment est peut-être venu de se rassembler soit en rejoignant un collectif, soit en créant le vôtre. Certains comme Free&Dispo se sont créés presque naturellement pendant l’épidémie pour participer à l’effort national contre le virus, peut-être perdureront-ils. A plus grande échelle, le néo-syndicat Indépendants.co s’est révélé au grand public pendant la crise en obtenant de véritables mesures pour protéger les indépendants.


Dans cette période où la solidarité est de mise, c’est le moment de jouer collectif. Joindre ses forces permet de proposer des prestations plus conséquentes et donc mieux payées afin de thésauriser pour les temps plus difficiles. Faire partie d’un collectif permet également de démultiplier les réseaux et les opportunités de missions. Enfin, le collectif joue un rôle de rempart face à l’isolement social dont nous pouvons être victimes en tant que freelance, et pas uniquement en temps de crise.


S’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de traverser cette crise, en attendant la levée du confinement, les freelances que nous côtoyons semblent avoir des journées bien remplies.


Samuel Durand, auteur et consultant sur la transformation du travail. Il rédige chaque semaine la newsletter le Billet du futur

Mathieu Libessart, Directeur chez Sthree. Sthree est spécialisé dans la représentation de Freelances STEM (Scientifique, Technique, Engineering et Mathématique) en France depuis près de 20 ans. Sthree est présente via ses 4 marques commerciales : Real Staffing, Huxley, Computer Futures et Progressive Recruitment. En France, c’est plus de 800 Freelances sur projets et plus de 11.000 dans le Monde.


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