Freelancing females

Mis à jour : 29 oct. 2019

Nous avons rencontré Tia Meyers dans un café à Brooklyn, elle a fondé Freelancing Females.

L’aventure a démarré il y a 4 ans quand elle a quitté la start-up pour laquelle elle travaillait. A ce moment-là, elle décide de se lancer en tant que consultante en stratégie digitale en freelance.

Si au départ le statut d’indépendant était subi, elle a très vite été séduite par ce nouveau mode de travail au point d’affirmer aujourd’hui qu’elle ne pourrait pour rien au monde être à nouveau employée.





La création


Au fil de ses expériences en tant que freelance elle se rend compte que les retards de paiement sont récurrents de la part des entreprises, qu’elle doit passer du temps à éduquer les clients sur la manière de fonctionner avec les freelances, qu’elle n’est pas à leur disposition à toute heure du jour et de la nuit. Elle imagine un lieu où elle pourrait parler de ces soucis du quotidien avec d’autres freelances.

Le jour où un de ses clients refuse de la payer elle crée le groupe Facebook “Freelancing Females” pensant rassembler tout au plus son cercle proche. La première semaine le groupe accueille 500 personnes, Tia ne s’attendait pas à un tel engouement. Aujourd’hui il compte 18.000 femmes freelances dans le monde, majoritairement aux Etats-Unis, et les administratrices traitent environ 200 nouvelles demandes par jour.


Le groupe Facebook


Pour entrer dans le groupe Facebook il suffit d’être une femme et d’être freelance. Tia demande à chacune d’entre elles ce qu’elles font, leur ville de résidence et le lien de leur portfolio ou profil LinkedIn. Tous les profils sont vérifiés manuellement et Tia en refuse 40% chaque jour. Selon elle, cette sélection est le point de départ d’une communauté engagée. Cela lui permet d’éviter les entreprises qui viendraient faire leur publicité ou les employés qui auraient simplement envie voir ce qu’il se passe sur le groupe. Les membres sont ainsi certaines d’être dans un groupe où elles pourront s’exprimer librement.


Chaque jour entre 40 et 50 posts sont effectués sur le groupes et chacun d’entre eux est approuvé manuellement par Tia ou une des administratrices, elles s’assurent ainsi de la qualité des échanges. La communauté est extrêmement engagée et pour chaque post, les freelances reçoivent une réponse en quelques minutes de la part des autres membres.

Les discussions tournent autour de la vie quotidienne des freelances : comment envoyer une facture, quel prix fixer pour telle prestation, que faire quand un client tarde à payer, comment créer son site internet. Des missions sont également postées par des entreprises et des freelances qui cherchent à collaborer.


Le développement


Début octobre 2017, Tia organise le premier événement de Freelancing Females, un meet up à New-York qui rassemble 50 freelances. Depuis des workshop ont eu lieu et aujourd’hui Tia est entourée de 5 team leaders bénévoles à New-York, San Francisco, Austin, Chicago et Los Angeles pour l’aider dans le développement de la communauté, elles organisent des événements locaux et ont créé des sous groupes dans chacune des villes.


En mars 2019 Tia a décidé d’arrêter son activité de freelance pour se consacrer entièrement au développement de Freelancing Female. Elle vient tout juste de lever des fonds en crowdfunding. L’argent récolté va lui permettre de construire un site web et donner plus d’envergure à la communauté. Très bientôt, les entreprises pourront poster leurs missions à destination des membres sur le site web. Elle a également développé des partenariats avec des entreprises qui souhaitent proposer des services aux freelances.


Tia a réalisé plusieurs études sur la communauté qui n’ont pas encore été publiées, elle nous a confié que plus de la moitié des membres sont freelances à plein temps, leur activité d’indépendant est un choix à plus de 90% et la principale motivation à exercer en freelance est d’être son propre patron.


Sur le site web, les freelances peuvent consulter une liste des revenus des autres membres de la communauté, ce document partagé compte déjà plus de 2000 contributions. Cela permet aux freelances débutantes qui ne savent pas trop comment fixer un prix à leurs prestations d’avoir un aperçu des prix pratiqués sur le marché. Quelques hommes sont mentionnés dans cette liste pour que les femmes puissent également se faire une idée de ce que gagnent leurs homologues masculins et cela permet également de mettre en évidence les différences de revenu.


Une communauté engagée


Freelancing Female s’inscrit dans une logique de lobbying, le but est de faire entendre la voix des femmes freelances pour lesquels l’écart de rémunération avec les hommes est encore plus élevé que dans le salariat. Dans le salariat l’écart de revenu est aujourd’hui de 19.3% et il est en moyenne de 28% pour les freelances selon la dernière étude de Freshbook.


Pour réduire les écarts de revenus, Freelancing Female joue un rôle d’éducation, d’abord en pointant du doigt les inégalités à travers le document partagé des revenus des freelances. Tia met également en place des ateliers pour expliquer aux indépendants comment négocier son taux horaire, communiquer avec un client, prendre conscience de sa valeur sur le marché. Le but est de faire prendre conscience aux freelances de la valeur de leur travail et de leur donner confiance dans leurs projets.


Un point essentiel est à souligner, les freelances en général, homme comme femme sont soumis aux mêmes difficultés : le manque de considération par certaines entreprises, les paiements en retard, la mauvaise communication, les revenus tirés vers le bas. Toute la population étant concernée nous pouvons espérer que ces inégalités se résorberont plus rapidement que les écarts de revenus dans le salariat.


Le freelancing est un excellent moyen d’émancipation selon Tia. Elle nous a rapporté le cas de femmes victimes d’abus dans leur couple, qui n’avaient pas de revenus et des difficultés à entrer sur le marché du travail ; grâce au freelancing elles sont capables d’avoir un revenu et donc de sortir de cette impasse. Elle a aussi mis en avant la possibilité de très vite progresser grâce au freelancing, elle dit n’avoir jamais autant appris dans sa vie antérieure de salariée qu’en 3 ans en freelance.


L’exceptionnelle croissance dès le lancement du groupe Freelancing Females ainsi que le taux d’engagement actuel des membres reflètent les besoins des freelances à former une communauté. Si les freelances recherchent l’indépendance ils ne vivent pas reclus et tentent dès que possible de se regrouper. Nous avions vu des communautés métiers, des communautés géographiques et nous découvrons aujourd’hui la communauté de genre.


Nous sommes fascinés de voir comment en seulement deux ans Tia a su passer d’un simple groupe Facebook de quelques amis à une entreprise dans laquelle elle travaille à plein temps et qui engage chaque jour des milliers de membres.

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